vendredi 3 juin 2016

Conte naturien: La véritable histoire de la Fée Mélusine...



Beaucoup de choses sont imperceptibles à nos sens.
Il en reste cependant un qui peut encore les sentir, c'est le cœur…

La Terre a une âme, on l'appelle « Nature », celle qui donne naissance à toute vie.
Nature engendre selon ses besoins plein de petites âmes, on appelle « les esprits de la Nature », et certains avancent que quelques unes de ces âmes prennent corps dans les plantes et les animaux (nous y compris),  et les animent, tandis que les autres les accompagneront de l'extérieur afin d'accomplir les désirs de la Nature sur Terre…

Parmi tous ces êtres qui servent la Vie se trouvent les petites fées,
vivant et agissant sur les trois principaux éléments que sont l'air, l'eau et la terre (correspondant respectivement aux états gazeux, liquide et solide).


Toutes ces fées sont dotées des membres leur permettant d'accomplir au mieux leurs missions naturiennes :

Les fées aériennes sont munies de paires d'ailes que l'on croit souvent appartenir aux libellules, mais en réalité il s'agit d'ailes d'agrions, aussi appelées « demoiselles » ou plus savamment « zygoptères », qui ont la qualité de pouvoir se ranger les unes contre les autres et d'ainsi éviter les prises au vent lorsque qu'elles sont au repos. Certaines ont aussi des ailes de papillon, qui sont plus jolies, mais moins pratiques, rendant leur vol plus aléatoire et incertain...

La plupart des fées aquatiques sont dotées de queues de poisson, plus rarement de tentacules, cela dépend de leurs fonctions.

Et enfin les fées telluriques n'ont pas grand-chose qui les différencie des humaines si ce n'est leur petites tailles de fées et des ongles un peu plus solides que la moyenne.

Afin de coordonner le travail ce cette myriade de petites fées, notre Dame Nature a enfin engendré une dernière fille, beaucoup plus grande celle-là (et de taille humaine à vrai dire), capable d'évoluer alternativement dans les trois éléments et doté d'une particularité physique étonnante : elle aurait très bien pu l'affubler un corps de canne, capable d'évoluer aussi bien en l'air, sur l'eau que (quoique moins bien en fait) sur la terre, mais il manque à cette espèce la capacité de se faufiler dans les profondeurs terrestres, c'est pourquoi il lui fût attribué une longue queue de couleuvre accompagnant les mêmes ailes que ses sœurs volatiles.

Et il lui fût donné le nom de Mélusine.

On a beaucoup cherché la signification de ce nom : Certains pensent qu'il signifie « Mère des Lusignan », riche famille qui escomptât acquérir une once de renommée supplémentaire en s’affiliant à elle, et d'autre y voient plus simplement une maternité lumineuse (dérivée du latin « Lux »), mais la réalité est tout autre :
Mélusine fait référence au Miel dont l'abondance de la production subvient non seulement aux besoins des enfants de la ruche, mais secoure également ceux de bien d'autres peuples, améliorant la rude vie hivernale des hommes et avec lequel on confectionne le plus sacré des spiritueux...
Il fût d'ailleurs donné à Mélusine une chevelure aux milles reflets du miel, changeant selon le temps, de l'or lumineux du soleil au roux intense de la châtaigne, ce qui ajoutait à une beauté déjà grande…

Si elle veillait avec une attention toute particulière sur tous les êtres de la Nature et de la Terre, elle avait une affection toute particulière pour les humains.
Les accidents de la vie les avaient peu à peu perdus et rendu durs d'oreille à la guidance de leurs frères et sœurs subtils, et progressivement les erreurs et la souffrance qui les accompagne s'étaient accumulées génération après génération …

Éprise du sort de cette espèce limitée mais attachante, elle eût à cœur de les aider à se sortir de ce pétrin, et ses pouvoirs particuliers rendant le passage par la naissance inutile, elle conçu de quitter le monde des fées pour descendre dans celui des humains.

Sachant que les humains avaient, pour se protéger de la morsure des vipères, développé une agressive méfiance (pour ne pas dire une peur panique) de tout ce qui y ressemble (et dont couleuvres et orvets font toujours injustement les frais), elle se résolut à prendre forme humaine et camoufler tous ses attributs féeriques…

C'est ainsi qu'elle apparut sur Terre, dans le bassin d'une source vertueuse de grande où les gens venaient de loin pour se soigner...

Le hasard (qui est le frère jumeau de la providence) fit en sorte d'y faire pèleriner un jeune homme qui souhaitait se purifier avant d'accéder au trône et gouverner le pays car telle était sa destinée.
Quand il vit cette mystérieuse damoiselle aux traits fins, invêtue et rayonnant d'une légèreté et d'une fraîcheur remarquable, son cœur profondément ému l'invita à s'agenouiller pour lui demander sa main.
Les fées n'ont pas pour habitude de se marier quand bien même elles seraient fortement éprises, mais touchée par la belle sincérité qui émanait du cœur du prétendant et comprenant l'immense opportunité qu'il lui offrait si elle acceptait de l'épouser et de devenir reine, elle accepta, mais ce pendant à une impérative condition :

Chaque samedi, il devrait la laisser se retirer et se recueillir seule dans sa chambre sans lui demander ce qu'elle en ferait.

En vérité et entre nous, chaque samedi (qui est le jour des sabbats) elle avait besoin de se baigner pour se reposer du charme qui la maintenait dans sa forme humaine, de peur que par épuisement il ne se rompe soudainement au vu et au su de tous, et ne suscite un effroi catastrophique, mettant en péril la réalisation des vœux qui motivèrent sa venue dans le monde des hommes.
Il lui était également bon de se retrouver dans son état naturel, afin de ne point se perdre à son tour, et ne point s'oublier dans son don d'elle-même aux autres.
C'est la raison pour laquelle elle fût par la suite souvent représentée tenant un miroir en main : non par coquetterie, mais pour se rappeler à elle-même et se souvenir d'où elle vient, et peut-être aussi un peu par nostalgie du pays des fées et se redonner du courage pour sa noble mais éprouvante mission...

Il jura, elle accepta, et il se marièrent.
Le jour-même, ce fût à son tour de devenir roi, et à elle de devenir reine. Ce fût un grand jour et une grande fête fût donnée dans tout le pays.

Une fois les esprits apaisés et habitués à sa douce présence, elle entreprit de mener plusieurs grands chantiers d'aménagement, de constructions, et d'enseignement afin que tous vivent mieux et soient plus heureux.
Elle fit aménager les voies de communication, faisant paver les routes afin de faciliter les voyages, elle fit pousser des jardins luxuriants qui accroissaient l'abondance des récoltes, enseigna les sciences, les arts et la médecine à tous ceux qui en ressentaient la vocation, et s'attela à la titanesque tâche de soigner le corps et l'âme de chacun des sujets du royaume, en commençant par les moins aisés qui en avaient le plus besoin...
Elle fit venir les meilleurs tailleurs de pierres, les plus sages charpentiers, les plus fins forgerons, les plus doués des verriers et les plus vaillants travailleurs du pays et les inspira pour bâtir les plus beaux édifices, dont de magnifiques églises enluminées (en ce temps où la Gaule était déjà devenue la France, la nouvelle religion était encore bonne, saine et juste, et regardait avec grande bienveillance et profond respect toutes les manifestations de la Vie) dont in ne reste malheureusement que peu de traces aujourd'hui.
L'engouement que suscitait sa présence dans le cœur de tous fit des miracles et en quelques années son royaume devint de loin le plus remarquable de tous, inspirant les autres peuples à imiter chacun à sa manière cette civilisation harmonieuse.

Cette épopée commune connût malheureusement une fin abrupte :
On raconte souvent que rongé par la curiosité, le Roi rompit son serment et tenta d'espionner sa femme l'un de ces mystérieux samedis.
Il dégaina son épée, fit un petit trou dans la porte et espionna l'étrange bain de sa compagne.
Saisi d'horreur à la vue de cette gigantesque queue de serpent, il ne pût contenir un cri d'effroi.
Mélusine l'entendit alors et prise d'une violente et épouvantable colère, s'enfuît à tout jamais, abandonnant et laissant en l'état le peuple et les travaux et maudissant l'humanité ingrate.

Une autre fin explique, que s'il l’espionnât bien, il retint son émotion, pris le temps de recouvrer ses esprits, et considérant tout le bien ce cette « monstruosité » avait pu apporter à son royaume, il décida de se taire et de faire comme s'il n'avait jamais rien vu.
Ce ne serait qu'un soir lors duquel on l'avait fait trop boire qu'il fit référence devant toute l'assemblée aux attributs de sa femme qui, offensée, s'enfuit à tout jamais du pays sans plus donner de nouvelles…

Mais la véritable histoire de ce drame est quelque peu différente :

L'un des amis-conseillers du roi, dont la Reine n'avait point encore eu le temps de soigner le cœur tortueux, voyait d'un très mauvais œil le fait que cette dernière se recluse chaque semaine dans sa chambre sans que personne ne sache ce qu'elle y faisait réellement.
Afin de savoir ce qu'il en était, il introduit le doute dans l'esprit du roi en lui racontant, ce qui était faux, qu'une rumeur enflait sur l'infidélité de la Reine.
Le Roi n'en crût pas un mot, mais tout de même troublé, il résolût d'en avoir le cœur net et d'enfreindre secrètement sa promesse une seule et unique fois, afin de faire taire ce doute qui le rongeait.
Le samedi venu, il s'approcha discrètement de la chambre situé au sommet de la tour qu'elle avait fait bâtir et qui lui était réservée, tira son épée, perça tout doucement un petit trou dans la porte, et regarda…
Il fût bien pris d'angoisse et de sueur froide, mais son cœur s'accrocha et tînt bon : son profond amour pour elle était plus fort que l'effroi de cette découverte, alors il continua son observation, qui se mua peu à peu en contemplation puis en émerveillement devant tout ce que pouvait signifier une telle révélation.
Quand il fût apaisé, son cœur débordant d'un amour encore plus grand pour elle, il pris le soin de reboucher le petit trou, se retira et se jura de ne jamais dire un traître mot de tout ce qu'il avait vu afin de protéger celle qui était la plus précieuse entre toute à ses yeux et qui l'avait intensément honoré en acceptant de devenir sa femme.

Mais le conseiller revînt le questionner sur les mœurs de la reine.
Le roi lui répondit mystérieusement qu'il s'était assuré lui-même du mal-fondé de la rumeur, que bien mal intentionné était celui qui l'avait soufflée au conseiller et qu'il était bien mal avisé celui qui oserait profaner le recueillement de la reine.

Intrigué par une telle formulation qui attisait sa curiosité plus qu'elle ne la calmait, le conseiller finit un jour par oser espionner lui-même la reine. Tandis que la nuit tombait, il se faufila jusqu'en haut de la tour, gratta le trou rebouché et découvrit la réalité.
Bien moins sage que son roi, le conseiller s'enfuit en hurlant, dénonçant dans tout le château puis dans toute la ville la tromperie et l'hideux aspect de la reine.

Alerté et inquiété par la folle agitation qui mettait en agitation son palais, le roi se précipita dans la tour en dégainant son épée, non pour occire le montre tel qu'il en donnait l'impression pour calmer la foule, mais bien au contraire pour défendre sa porte et empêcher qu'on ne lui fasse du mal.
Il lui avoua à travers la porte tout ce qui s'était passé, et émue par la dévotion de son aimé, elle consentit à le laisser entrer.
Ils n’eurent que quelques instants pour prendre une grave décision :
Le choc de la nouvelle et le soupçon que laisserait à jamais planer la cachotterie risquerait inévitablement de rompre la confiance et finalement de détruire tout ce qu'il avaient bâti ensemble.
Afin de préserver tous ces précieux acquis et que le peuple qu'elle aimait tant (et en fait surtout la cour) garde confiance en son roi, elle lui intima l'ordre de raconter un pieu mensonge qui reporterait toute la responsabilité sur elle et le blanchirait lui de toute culpabilité.
Il devrait dire qu'il ne savait rien du secret de son épouse, et s'attribuer l'idée de ses œuvres à elle pour que les réformes se poursuivent.
Après une brève dernière et mélancolique étreinte, elle joua le rôle de la furie qu'on lui connaît, brisant la fenêtre et s'envolant en hurlant à travers ses éclats, comme fuyant le bras vengeur de son tendre ami…

S'ensuivit une longue confusion qui dura de nombreuses années (et dure encore!) à son sujet dans l'esprit des gens. Ceux qui étaient terrifiés la démonisèrent, ce qui d'ailleurs perturba la poursuite des travaux -mais ne les arrêta pas-, d'autre ayant bénéficié de sa bonté conservèrent une discrète révérence à son égard, et l'honorèrent des siècles durant et jusqu'à il y a peu dans les petites grottes entre courants d'air, humidité et humus où ils sentaient sa présence bienveillante et bienfaisante…

Pour terminer le conte de sa véritable histoire, je voudrait rectifier une dernière erreur à son sujet : il a très souvent été raconté qu'elle avait donné à son roi de nombreux enfants, difformes pour la plupart, dont certains affirment être les descendants, mais il n'en est rien.
Les fées (qui sont d'ailleurs d'apparence très juvénile) ne deviennent pas mères, du moins pas comme on l'entend habituellement, car finalement en tant que reine et à travers toutes les œuvres qu'elle accomplit, elle fut la mère de tout le peuple dont elle a pris soin, et dont nous sommes les descendants.

En dépit de la malencontreuse injustice qui lui fût faite jadis, elle n'en a pas moins gardé toute l'immense affection qu'elle accorde particulièrement au genre humain et l'espoir qu'elle nourrit à notre sujet, et continue d'assurer son discret et invisible secours à ceux qui la portent dans leur cœur et s'inspirent de sa présence…