dimanche 17 juillet 2016

Oui, l'Humanité est bonne : elle est juste fragile bordel!


Attentat après attentat, guerre après guerre, massacre après massacre, le moral en prend un coup, à chaque fois c'est le découragement, mais ce qui personnellement me donne le coup de grâce, ce ne sont pas les morts, mais bien les vivants qui dépités et déboussolés par tant d'inhumanité, en finissent par maudire notre espèce :

« L'Humain est mauvais », « l'Humanité est la maladie de la planète », et fusent les notions de « tare », de « parasite » qui seraient inhérents à notre nature, « il n'y a qu'à ouvrir les yeux sur notre monde pour s'en convaincre »...

À quoi bon vivre, à quoi bon se battre, résister ou seulement faire de son mieux, si nous sommes nous-même tous viciés dès la base ? Autant en finir tout de suite si nous ne supportons plus cette déprimante « réalité » de notre vicissitude naturelle…

Par bonheur, ce raisonnement bancal repose sur des idées erronées (pour ne pas dire de viles idéologies délibérément trompeuses) et s'il y reste une chose de mauvaise en nous, c'est bien la compréhension que nous nous faisons de notre espèce.

Un peu de logique suffit à désamorcer cette inutile et contre-productive autodépréciation.

Elle est certes un peu plus complexe et subtile que celle plus simpliste consistant à confondre les causes et les conséquences, les natures premières et secondaires, mais elle a le mérite de nous offrir des solutions, ou en tout cas des pistes de réflexions pertinentes pour remédier individuellement et collectivement à cette situation que nous déplorons tous.

Pour développer cette réflexion logique, je vais encore une fois faire appel à la compréhensions hygiéniste/naturiste (manquant à mon avis à Rousseau) qui affirme (et le démontre) que chaque individu, quel que soit son espèce, est sain du moment que ses fonctionnements physiologiques (et notamment psycho-affectifs dans le cas de notre espèce) sont respectés et leurs besoins assouvis. C'est leur entrave qui occasionnera les déséquilibres de toutes sortes, de plus ou moins grande ampleur, et contre lesquels luttent les hygiénistes.

Wilhelm Reich, que je rattache personnellement à la mouvance hygiéniste de par sa façon de penser et d'aborder les problèmes (notamment sexuels) qu'il a étudié et soigné, résumera cette pensée de cette façon, en réaction à une dérive idéologique freudienne : Toutes les pulsions naturelles d'un individu sont saines (autrement dit bénéfiques pour l'individu et l'espèce… et accessoirement pour la Nature entière), mais si l'on les réprime dans leur expression, elles se verront obligées de s'exprimer par des voies déviées, et c'est ainsi que l'on crée les déviances, les perversions, qui peuvent devenir extrêmement nocives.

C'est ainsi qu'il observera les effets dévastateurs de la répression sexuelle (se traduisant le plus souvent de manière agressive et destructrices de l'autre et/ou de soi-même), mais il en est de même pour tous les autres domaines de la vie, à commencer par l'hygiène générale commençant par l'alimentation trop souvent à la fois carencée et excédentaire affaiblissant considérablement l'organisme, ainsi que pour toute la sphère psycho-affective longtemps sous-estimée dont les recherches actuelles commencent enfin à cerner l'extrême importance.

Personnellement, ma propre réflexion m'amène à définir le problème humain de cette manière : il y a en chaque espèce un système de « Vie » : sa nature première, son tempérament naturel qui s'exprime dans les conditions d'épanouissement optimal (qui sont censées être des conditions permanentes car ce sont ces conditions qui ont vu « naître » l'espèce en question et auxquelles cette dernière s'est adaptée) ; mais également un système de « sur-vie », sorte de système de secours se déclenchant en situation de crise, désactivant certaines tendances pour en privilégier provisoirement d'autres, le temps que cette situation critique soit réglée.

L'exemple le plus évident est le passage d'une situation d'abondance alimentaire permettant à tous les membre d'une espèce de se repaître paisiblement dans le partage, à une situation de pénurie imposant à l'espèce un changement de comportement : si les membres partageaient équitablement les maigres ressources restantes, toute la population prendrait le risque de mourir de dénutrition, tandis qu'en développant une concurrence exceptionnelle répondant à cette situation d'exception, l'espèce survit en réduisant sa population, qui pourra à nouveau se redévelopper une fois les conditions naturelles rétablies.

Par ailleurs, la Nature pourvoit toujours, en conditions « optimales », à la constitution de réserves, un surplus permettant de réduire l'impact négatif d'une éventuelle situation de crise et de reprendre un cours naturel plus facilement.

Le gros problème survient quand ce mode de survie se pérennise et que les conditions optimales ne se réinstallent pas : les déséquilibres, carences ou excès qui en surgissent inévitablement finissent premièrement par épuiser les réserves de l'individu, et ensuite générer des déséquilibres physiologiques qui se transformeront en tares possiblement transmissibles héréditairement1.

Il se trouve que depuis des siècles, à quelques exceptions d'époque et de temps près, nos cultures ont institutionnalisé ce mode de survie et l'établissant comme « normal » et refourguant l'optimum dans la catégorie « idéal irréalisable et illusoire » où elles ont jeté l'utopie et les saines aspirations pourtant profondément humaines.

Cette institutionnalisation du mode survie repose sur l'inégalité sociale quant à la répartition des richesses permettant à chacun d'assouvir ses besoins élémentaires, qui a un impact très modéré quand personne ne manque de l'essentiel, mais qui devient très vite une réelle injustice sociale quand l'opulence repose sur le manque et donc la misère d'une frange plus ou moins importante de la population.

Entre ce mode survie qui frappe de manière extrêmement violentes certaines personnes, et les carences psycho-affectives elles-aussi institutionnalisées2 qui ne permettent plus de développer optimalement l'humanité de chacun3, tout est fait pour déshumaniser l'homme, et il devient tout à fait logique que certains finissent par perdre, ne serait-ce que momentanément (et souvent sous l'effet de drogues particulières), tout humanité, au moment où l'état de crise n'est plus tenable pour eux, toutes leurs « réserves d'humanité » étant épuisées.

Dans une moindre mesure, tous nos petits traits de caractères « négatifs », moins graves, mais désagréables à vivre pour les autres et même pour soi-même et compliquant sérieusement le tissage social, sont la simple conséquence du malaise généré par les insuffisances dont nous souffrons quotidiennement, auxquelles nous nous somme accoutumés et que nos repères culturels faussés nous poussent à considérer comme parfaitement normales et inévitables (quand on ne désamorce pas tout simplement notre aspiration au « mieux » par la relativisation du fameux « pire ailleurs »...).

Cet institutionnalisation de la précarisation des conditions de vie humaine dure depuis tellement longtemps et touche tellement de cultures4 que nos mémoires en ont presque oublié que l'état optimal est censé exister.

Et pourtant, malgré tout, un dernier ressort de la nature nous permet de mettre en œuvre le nécessaire pour retrouver tout ce potentiel naturel : notre espèce a gravé en nous, dans nos cœurs, une aspiration profonde, que j'appellerai « édénique », qui se réveille -parfois violemment- dès que la moindre information permettant de penser que ce retour est possible arrive à notre conscience.

Et si cet idéal vibre aussi fort en nous, c'est bien qu'il fait partie de nous, et que tout notre être est fait pour y tendre de toutes ces forces.


Et pour pousser encore plus loin la réflexion :
Quels sont les critères rationnels du bien et du mal ?

Si l'on fait le ménage dans les fantasmes spiritualistes dualistes qui n'apportent ni preuve ni même démonstration de ce qu'ils avancent sur la nature humaine (à savoir qu'elle est mauvaise), ne s'appuyant que sur des « révélations » dont il est impossible de démêler le réel de l'hallucination, reste la démarche hygiéniste qui reprendra modestement la piste de la santé par l'étude de la nature, de ce qui fonctionne (le bien), de ce qui dysfonctionne (le mal), relativement à chaque individu et chaque espèce étudiée :

Comparativement aux autres espèces animales, l'humanité a deux particularités notables : sa « nudité » (absence d'armes et d'armures naturelles) angoissante pour l'esprit agressif, compensée par son extrême sociabilité qui est la source à la fois de son équilibre et de ses potentielles « prouesses »…

Toute espèce programmant des « goûts » et des « désirs » pour guider intuitivement ses membres dans la satisfaction de ses besoins d'une part (et inversement des dégoûts pour ce qui lui est néfaste), et l'espèce humaine reposant tout entièrement sur cette riche et complexe sociabilité d'autres parts, notre espèce a donc tout intérêt à programmer ce désir social en nous et à l'inscrire dans notre boussole interne comme relevant du « bien ». D'ailleurs, le nom commun « humain » devenu adjectif signifie justement cette sociabilité, cette bienveillance, en un mot cet Amour universel auquel nous aspirons.

Mais comme toute espèce, la nôtre a ses limites : elle perdra nombre de ses précieuses qualités quand les conditions seront trop dures pour les maintenir.

Chaque espèce, chaque individu, et même chaque élément quel qu'il soit possède son « point de rupture » à partir duquel il se brise.

Nos sociétés modernes, autoritaires, joue constamment avec nos points de ruptures en nous poussant sans cesse au maximum de nos capacités, au dépassement de nos limites, de nos réserves, tandis qu'une culture saine, naturelle, tendrait au contraire à nous en tenir le plus loin possible, sachant préserver ses réserves en prévision des possibles difficultés qui peuvent déjà survenir « naturellement »…
Soyons donc raisonnables, tenons compte des besoins, mais surtout des limites (et particulièrement de ces fameux « point de rupture » régulièrement atteints) de notre espèce sans cesse violées, et cessons d'attendre irrationnellement de nos congénères et de nous mêmes des capacités « sur-humaines », qui par définitions ne sont pas humaines : il ne s'agit ni de nous sur-estimer, ni nous sous-estimer, mais simplement nous estimer à notre juste valeur...

Travaillons simplement à stopper le processus déshumanisant plutôt que d'aggraver notre situation en nous tirant une balle dans le pied, inversons-le pour nous réhumaniser, et essayons d'être simplement mais pleinement ce que notre espèce a besoin que nous soyons, ce serait déjà pas mal.

Aménageons-nous les conditions de optimal humain, notre « génie créatif » (aujourd'hui dévoyé dans la destruction) étant fait pour nous y aider, ayant depuis des lustres fait preuve de sa capacité à créer le bonheur (et donc préserver notre humanité) en dépit de conditions environnementales hostiles…




1L'eugénisme et l'hygiénisme réagissent différemment à cet état de fait : l'eugénisme se contente de vouloir « couper » les membres invalidés tandis que l'hygiénisme tentera son possible, s'appuyant sur les forces curatrices naturelles, pour les régénérer, dusse-t-il s'y prendre sur plusieurs générations.

2Toutes les principes concernant notamment l'éducation de l'enfance et particulièrement la petite enfance visant à « endurcir » et « désensibiliser » le « matériau-humain » pour le rendre plus malléable...

3Tous les troubles du comportement et les comportements asociaux résultent d'une sous-stimulation de la production ocytociniques qui ont justement pour fonction de développer la sociabilité naturelle humaine...

4Bien entendu, les cultures moins voire non-touchées par cette institutionnalisation de l'état de crise sont généralement dévalorisées et arbitrairement déchues du titre de « civilisation », afin de nous dissuader de nous inspirer leur sain exemple...
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