mercredi 14 septembre 2016

Retour du « Stand des Nudistes » de la fête de l'Huma'

Quelle aventure ! C'était fou ! Pas facile facile, parfois même éreintant, mais aucun regret, au contraire : le sentiment commun que les choses devaient se faire ainsi a été partagé par beaucoup d'entre nous...

Tout a commencé sur un clin d’œil, une blague presque : l'affiche de l'édition 2016 reproduisant dans son patchwork un homme et une femme nus se reposant nus dans l'herbe:


Les copains de l'APNEL ont sauté sur l'occasion et ont proposé d'incarner cette belle image en y implantant un stand naturiste… et la demande a été accepté !
Ils m'ont proposé de participer à ma manière en animant un atelier de body-painting et en participant aux débats... je ne pouvais bien évidement pas dire non !
Et de fil en aiguille nous voilà jusqu'à neuf clampins tous nus à susciter tantôt d'interrogation, tantôt l'enthousiasme (et accessoirement un petit buzz médiatique), comme un chien dans un jeu de quilles au départ… mais qui finit par ne plus en renverser une seule et au contraire se lier d'affection avec elles…

Voici mon petit compte-rendu subjectif de cette surréaliste mais Ô combien enrichissante aventure...


1) Notre motif :

Mais que diable sont venus faire les nudistes à la fête de l'huma ?!!
Pourquoi ? Quel intérêt ? Quel est le sens de cette démarche ?

C'est sans doute la question qui nous a été la plus posée par les festivaliers.

Au fur et à mesure des discussions, je me suis vite rendu compte que l'argument intuitif de la « Liberté » (qui paraît évident et rassemble tout de même un maximum d'adhésions) apparaissait insuffisant à des personnes qui ne se sentaient à priori pas concernées par ce besoin spécifique et qui plus est habituées aux luttes pour des « grandes » causes.

C'est sûr que le simple « confort » et « bien-être » individuel que peut apporter la nudité libre peut paraître insignifiant voire même carrément individualiste à leur yeux de militants aguerris au sacrifice de soi. (Ce qui n'est pas entièrement faux si l'on tient compte de l'ensemble du discours et des pratiques du mouvement naturiste actuel…)

Ce fût du coup une magnifique occasion pour moi de vérifier à quel point le discours « hygiéniste » (à ma connaissance non retransmis par les médias qui m'ont interrogé sur le sujet), que je souhaite réinfuser et réhabiliter dans le mouvement nudiste, apportait un sens plus altruiste, politique (au sens citoyen et non électoral) et pertinent aux regards exigeants (quoique bienveillants) de la plupart de mes interlocuteurs.
Si bien que je me suis permis de prendre la parole pour résumer toute cette vision des choses lors d'un débat public organisé sur le sujet :

En « vitrine », notre but premier est d'interpeller les élus sur le flou juridique qui repose sur un article de loi pénalisant l'exhibition sexuelle : aucun article complémentaire ne définit ce qu'est l'exhibition sexuelle et surtout ce qu'elle n'est pas, laissant la charge d'interpréter le texte de loi aux juges alors que la loi ne devrait par principe ne pas être interprétable, ceci pour assuré l'égalité de traitement entre les affaires similaires.

Mais dans le fond, notre revendication, ou plutôt notre action politique citoyenne est bien plus profonde que cela, et c'est là l'essence de la philosophie nudiste qui est malheureusement ignorée par l'ensemble du mouvement lui-même :
À travers la nudité, c'est quelque chose bien plus vaste et profond qu'une simple « tenue » qui est défendu : c'est tout simplement la dignité et l'intégrité humaine, dignité et intégrité qui sont malmenées, maltraitées, et même violées, moins par la loi que par les mœurs, et c'est bien là que réside l'engagement « citoyen » de notre mouvement, dans le sens où le nudisme souhaite participer pleinement à l'élaboration, et en l’occurrence à la « réparation » de notre tissu social, actuellement inutilement et catastrophiquement générateur des complexes, qui nous paraissent aujourd'hui faire partie de la norme, mais qui, en portant atteinte à nos amours-propres, déséquilibrent notre psyché, nous empêchent d'offrir le meilleur de nous-mêmes à nos congénères et à la Nature toute entière, en un mot nous rendent moins « humains ».

J'en ai profité pour illustrer mon propos en mettant le doigt sur un fait qui a été remarqué par l'ensemble des festivaliers, à savoir la sous-représentation féminine sur le stand, qui a pour simple cause non-pas une dominante masculine au sein de notre mouvement, mais tout simplement l'extrême violence sexiste qui gagne à nouveau du terrain et qui frappe plus violemment encore les femmes que les hommes, les poussant à plus de réserve... (sans pour autant dénigrer la nature masculine elle-même, mais en désignant au contraire l'éducation brutale et aliénante qui lui est culturellement imposée, l'empêchant de développer la délicatesse et l'attention que la nature féminine est en droit d'attendre d'elle).

Et j'en profite ici pour faire allusion à l'instructif sens étymologique des termes « pudeur » (pudor > pudeo > pavio: frapper) et « honte » (relatif au verbe « honnir ») qui désignent tous deux la violence sociale (notamment l'humiliation) « institutionalisée » sur laquelle repose notre culture, plus simplement appelée « le regard des autres », qui est le motif universellement (et très justement) présenté par les festivaliers partagés entre le désir de se libérer et celui de se protéger d'une agression morale perpétuelle et blessante.

Me positionnant délibérément en légère contradiction avec la définition officielle du mouvement naturiste, je me suis permis de rappeler qu'initialement, le Naturisme cherche à prendre soin de la Nature Humaine dans son sens le plus large (alimentation, activité physique, culture, éducation etc.) et que le Nudisme est l'une des manières d'en prendre soin.
Et pour rappeler l'importance de la nudité en liberté, j'ai terminé ma première prise de parole en rappelant la réflexion d'un médecin à qui on avait demandé dans l'un des premiers numéros de la Vie au Soleil ce qu'il pensait du Nudisme, question à laquelle il répondit en affirmant qu'il y était parfaitement favorable, à la condition que ce dernier ne se contente pas de s'enfermer dans des enclaves, mais bien qu'il soit accessible à la vue de tous, et ce pour une simple et bonne raison : afin que les jeunes générations ainsi habituées à la vision de corps nus ne soient plus victimes durant leur croissance des complexes et obsessions sexuelles qui sont générées par l'interdiction de la nudité (et particulièrement la nudité sexuelle).

(J'ai pu expliquer tout au long de la fête, au cas par cas, en plus des vertus physiologiques et thérapeutiques de la nudité, en quoi ce tabou sexuel générait l'obsession sexuelle et les fantasmes qui vont avec : notre curiosité naturelle a pour but de nous renseigner sur l'identité de l'autre qui est exprimée par son corps. Un « balayage visuel » simple et rapide s'opère normalement sans que nous en ayons nous même conscience. Or, si l'une de ces informations reste inaccessible, à plus forte raison si elle l'est totalement, la curiosité naturelle va « bloquer » sur elle pour tenter de la percevoir, devenant obsessive, et l'imagination cherchera à combler provisoirement l'information manquante par une production virtuelle fantasmatique).

Après différentes interventions j'ai repris la parole, pour tout de même établir un lien possible et actuel entre le nudisme et la critique anti-capitaliste (ambiance communiste oblige) :
Autrefois, nos complexes nous étaient induits par la morale religieuse, quoi que le puritanisme puisse être également véhiculé par des pensées parfaitement athées.
Avec le grand (quoiqu'un peu aveugle) mouvement de libération des années 70, cette chape de plomb a sauté, mais depuis les années 90 cette pudibonderie se réinstalle peu à peu pour atteindre aujourd'hui des proportions inquiétantes.
Si certains attribuent ce retour à la montée de l'islam extrémiste, je désigne pour ma part le commerce, la publicité, qui ont tout intérêt à ce que nous soyons complexés et à entretenir ces complexe voire tout simplement les créer de toute pièce, afin que dépourvus de la plénitude que nous offre l'amour-propre naturel, nous soyons poussés à combler ce vide, cette « incomplétude », par une consommation effrénée.
Le nudisme naturiste peut donc être considéré comme une manière peu vindicative mais néanmoins dotée d'une certaine efficacité de lutter contre la déraison commerciale déshumanisante.


2 ) L'ambiance et l'accueil:

Balançant entre l'insouciance et l'anxiété, ne sachant pas vraiment où nous mettions les pieds ni quelles réactions nous allions susciter et récolter, notre petite équipe des cul-nus composée d'amis différents mais complémentaires s'est donnée à fond à la fois pour présenter cette nudité qui nous tient à cœur et tout ce qu'elle véhicule.

Il me semble important de préciser que ni les idées (nudité publique libre) que nous sommes venus défendre, ni le projet lui-même (tenir un stand nu à la fête de l'Huma) ne suscitent l'unanimité au sein de notre propre mouvement naturiste, que vives et nombreuses ont été les réactions adverses et les oppositions catégoriques.
Cependant, une fois le projet lancé, en cours d'exécution, puis accompli, il semble que la vapeur se soit inversée, et que les peurs qui ont tendance à paralyser et scléroser notre mouvement aient perdu du terrain. (Ce qui reste tout de même à vérifier sur le long terme)

Sur place, nous avons été très surpris et assez mal à l'aise face au degré d'alcoolémie permanente qui règne sur place : nous ne sommes pas tous des naturistes hygiénistes, mais c'est vrai que n'étant globalement pas des buveurs (nous aimons dans l'ensemble tous rester maîtres de nous-mêmes et conserver nos facultés, notamment de par notre vocation militante et communicante), nous avons d'abord été très inquiets, sachant toutes les inhibitions que peut lever l'état d'ébriété et les « échauffements » qu'il peut déclencher…
Mais outre les petites incivilités involontaires qui rendent la situation parfois assez inconfortable et font douter de la conscience écologique de certains, nous avons quand-même pu globalement remarquer que les personnes rencontrées se comportaient tout de même très bien, et avaient vraiment du cœur et que l'Humanité dont c'était la fête était tout de même bien présente, ce qui a fini par nous réconforter et nous donner encore plus de cœur à l'ouvrage.

Mais donc globalement, de regard du public a été très varié : une grande partie de « déstabilisés » au début, qui sont devenus plus indifférents au fil des jours, une infime minorité de « scandalisés », un peu plus de « lourdingues » (frustration masculine + alcool aidant), mais une grande majorité de bienveillants dont certains ont osé nous accompagner dans la nudité le temps d'une pause au stand.


La commission de sécurité et d'hygiène (qui ne fait pas partie de l'équipe organisatrice mais d'instances étatiques) a eu très peur que notre nudité suscite des « troubles à l'ordre public », et a dans un premier temps fait marche arrière sur notre droit à la nudité (initialement accordée uniquement sur notre stand, ce qui est compréhensible surtout pour une première, il a été question de l'interdire à l'exception du prétexte artistique que constitue le body-painting), ce qui a suscité une réaction de soutien de la part des exposants : beaucoup nous ont affirmé que si jamais une interdiction plus forte, voire une expulsion nous était imposée, les équipes de leurs stands se « foutraient tous à poil » pour manifester leur soutien.

Enfin, énormément de sympathisants, pas forcément prêts à sauter le pas eux-mêmes, ont réclamé notre retour lors de la prochaine édition (avec une arrière-cour préservée des regards indélicats pour qu'ils puissent s'y essayer dans la sérénité d'une « bulle de bienveillance » que les clubs et les centres ont vocation à incarner et proposer), certains allant jusqu'à souhaiter que la nudité soit permise sur tout le terrain du festival...
Nous avons donc globalement réussi notre pari du « vivre ensemble » entre nus et vêtus que nous défendons.


3) Retombées médiatiques :

Il est certainement encore trop tôt pour prendre la mesure de l'impact de notre action du point de vue médiatique.
Mais une première chose est certaine, c'est que nous avons fait le buzz : 22 grands médias se sont déplacés jusqu'à nous, mais également d'autres plus alternatifs et amateurs (ce qui semble être un record pour un simple stand à la fête de l'huma, interventions de notoriétés politiques mises à part).


Les naturistes s'invitent à la Fête de l'Huma par BFMTV

Le message est-il pour autant bien passé ? … ça dépend duquel.
Globalement, malgré les éventuelles railleries bon enfant, l'image de notre action reste très positive : légèreté, bienveillance, nous passons certes pour des rêveurs farfelus, mais pas pour des pervers, ce qui est déjà très très bien !
Mais le formatage de l'information devant correspondre aux exigences de l'audimat, il est de ce fait logique que les discours plus complexes (comme le mien sur lequel il me faut continuer de travailler), nuancés et subtils auront du mal à être retransmis (interviewé plusieurs fois, pour le moment aucune de mes interventions n'a été retransmise).
Peu importe, c'est un fait dont il faut tenir compte : les médias de masse ne sont pas à notre service, et ne peuvent généralement que nous offrir la place d'une « entrée en matière » stimulant la curiosité du public qui pourra alors avoir envie d'en savoir plus par lui-même, tout au plus.
C'est à nous de développer et diffuser nous-même nos idées et savoir « jouer » avec les contraintes médiatiques pour tirer notre épingle du jeu.

Ceci dit, de cette expérience je tire la conviction que rien ne vaut une communication à échelle humaine, de personne à personne, où l'empathie directe permet non seulement d'adapter le discours… mais surtout découvrir des questions auxquelles nous n'avions pas encore pensé, de mettre le doigt sur nos propres incohérences, permettant de ce fait d'approfondir encore plus notre réflexion, de l'enrichir, de la valoriser et de transformer une démarche prosélyte qui peut se montrer détestable en véritable échange apportant peut-être plus au « prêcheur » qu'au prêché et constituant un véritable échange/apport à double sens… la base de la communication humaine quoi…


Avant de terminer, j'aimerai réagir à une chronique, celle de Raphaël Enthoven sur Europe 1, qui a le mérite d'objecter au nudisme une réflexion "intellectuelle" développée:


Je passerai sur les allusions aux statuts « animal » et « pré-humain » qui ponctuent sa démonstration et qui mériteraient une sérieuse mise à jour à la lumière des études éthologiques, pour alerter sur le cœur de son discours qui reproche au nudisme « de tuer le désir en détruisant l'imagination ».

Ce lien fait désir et imagination, présentée sous un jour idylique, relève en réalité du processus moins joyeux de « frustration → obsession → fantasme → excitation » présenté plus haut, et relève bien plus de l'énervement (et donc de l'agressivité qui n'est pas franchement l'optimal de la relation humaine), que de la détente, tandis que le moteur émotionnel/sentimental est déjà naturellement prévu pour animer nos désirs et nos passions au moyen d'impulsion bien plus sensuelles et paisibles.
Ce ne serait bien évidemment pas bien grave si le processus d'entretien du mystère n'avais des conséquences inquiétantes : à savoir un état de tension permanente, générant un profond malaise, déclenchant (voire légitimant) bon nombre « d'indélicatesses » et « d'incivilités » (euphémisme, car les comportement dégénèrent souvent assez gravement : harcèlement, humiliations et autres violences), notamment des hommes à l'encontre des femmes, parfaitement inutile et même contre-productif à tout désir de sociabilisation.
Si certaines élites semblent savoir « sublimer » ce qui pourrait être qualifié de « petite névrose », le fait est que parmi le reste de la population une majorité échangeraient bien "l'ennui" supposément généré par la nudité publique contre leurs souffrances quotidiennes...


Bilan…

L'expérience a été très riche, mais très éprouvante : malgré l'extraordinaire bienveillance dont nous ont gratifié tant de personnes avec lesquelles nous nous sommes liés d'amitié, se retrouver nus dans ce contexte particulier n'a pas été facile du tout, particulièrement inconfortable émotionnellement de par la légitimité précaire de notre présence, le besoin de se revêtir de l'armure sociale protectrice qu'est le vêtement s'est souvent faite ressentir, et d'ailleurs tous les soirs je me suis vite rhabillé une fois le stand fermé au public le soir venu.

L'ambiance n'était pas approprié pour la nudité bien-être, détente et ressourcement, et ce n'était d'ailleurs pas le but de l'expérience, du moins pas encore pour cette première: si d'autres éditions se présentent, sans doute que les choses deviendront peu à peu plus fluides, mais pour cette première, le défi était bien d'ouvrir une porte lourdement scellée…

Et effectivement nous sommes plusieurs à avoir senti que quelque chose d'important s'était passé, pouvant considérablement contribuer à l'évolution future de notre société (et accessoirement de notre mouvement que nous cherchons à faire évoluer, pour ne pas dire muter…).

L'avenir nous le dira !
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